Une année « Laudato si’» pour la marche du « monde d’après »…. Covid-19!
Le pape François a annoncé, le dimanche 24 mai dernier, une «année spéciale Laudato si’» pour marquer les cinq ans de son encyclique sur la sauvegarde de notre maison commune. Je m’incline devant cette nouvelle initiative du pape François qui ne cesse, à l’image de la miséricorde divine, d’entrainer le monde vers une conversion écologique, après la crise du coronavirus.
Cette crise sanitaire a frappé comme la foudre, nos repères sont confondus! Perte de milliers de vies, bouleversements économiques, chômage de masse versus un manque de main-d’œuvre en besoins essentiels, fermeture des frontières entrainant chute tant espérée des émissions de gaz à effets de serre, mais augmentation de la pollution numérique due à l’explosion du télétravail. Si la vie est un pèlerinage ici-bas, comment poursuivre sa route parmi cette confusion? Vers quel horizon chemine l’humanité? Quelle espérance pour les pèlerins des générations futures?
Une démarche qui fait sens
La réflexion sur les liens entre la pandémie et la crise environnementale s’est approfondie au cours de l’hiver. Signe des temps?… le pape et les scientifiques s’entendent sur un point : la racine de la crise écologique est humaine. Un plan d’action urgent s’impose dans notre rapport à l’environnement versus l’économie, alors que le virus aurait probablement été transmis à l’humain par une chauve-souris, incident directement lié à la destruction des habitats naturels.
Dans une vision prophétique, le pape François nous proposait, en mai 2015, de repenser notre relation avec la nature et le monde qui nous entoure. Nous étions conviés à une conversion du regard pour passer d’un mode exploiteur, dominateur et consommateur au mode d’admirateur de cette création, qui se sent lié à tout ce qui existe. « Notre sœur la terre crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui « gémit en travail d’enfantement » (Rm 8, 22). Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure. » (1) Qu’on se le redise avec le pape, tout est lié; santé humaine et animale, économie, justice sociale, pauvreté, migration, écosystèmes, etc., mais…
Nous marchons vers un Sanctuaire, la Jérusalem céleste
Le confinement nous a confrontés à un ralentissement forcé de notre rythme habituel, moment privilégié pour repenser notre marche comme humanité. La crise du coronavirus provoque l’occasion de contempler mon pèlerinage terrestre pour visualiser l’héritage que je laisserai aux générations qui me suivront. Un temps de grâce m’a été donné pour convertir mon regard sur la nature de mes actions, la faiblesse de mes omissions. Chacun y va de sa propre conscience dans une mobilisation personnelle et/ou communautaire. Les réseaux sociaux regorgent d’initiatives, quelquefois loufoques, mais parfois inspirantes.
Originaire de la magnifique région de Charlevoix, il m’est arrivé plus souvent qu’à mon tour de prendre des temps d’arrêt pour m’interroger sur le sens de la vie et contempler les merveilles de la Création.
Vers la fin de mes études en théologie, j’ai eu l’occasion de prendre un de ces temps d’arrêt, semblable au temps du confinement, pour réorienter un parcours de vie qui semblait me conduire dans une impasse. À travers les extraordinaires sentiers pédestres de la Gaspésie, j’ai approfondi le fameux phénomène Compostelle qui attire aujourd’hui tant de pèlerins sur le chemin de la quête de sens. Cette expérience pèlerine m’a révélé l’itinéraire d’un sanctuaire qui mène bien au-delà d’un lieu à visiter. Celui-ci se laisse continuellement redéfinir, interpelle et révèle le Royaume de Dieu par la transformation du chemin, du moi, du monde. Vous pouvez lire le texte de mon témoignage en cliquant sur ce lien: Témoignage : pèlerinage en Gaspésie
L’expérience chrétienne, un chemin d’espérance
Note d’espoir au milieu d’une succession de nouvelles angoissantes, la Parole de Dieu m’affirme que le Seigneur accompagne mon pèlerinage terrestre et m’indique le chemin « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6), il marche toujours avec moi « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20), il m’invite à marcher à sa suite… « viens, suis-moi » (Mt 19,21), il renouvelle mon espérance « ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; » (Is 40,31).
L’encyclique Laudato si’ ouvre sur une invitation pour toute personne de bonne volonté, croyante ou non croyante, à unir sagesses, cultures et forces pour «[…] marcher en chantant afin que nos luttes et nos préoccupations pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie et l’espérance. Dieu nous appelle à un engagement généreux, il est définitivement uni à notre terre et son amour nous porte toujours à trouver de nouveaux chemins ». (2) L’Esprit Saint, inspire mon action, il désire agir par moi. Mon engagement envers le Réseau des Églises vertes et la création du Comité écologique de notre paroisse sont des projets qui jaillissent de mes convictions et de ma prière. Ils alimentent l’espérance qui nourrit ma marche pour la transformation du monde, à titre de gardienne de cette merveilleuse création qui m’a été amoureusement confiée.
Parlant de conversion, pour sortir du confinement causé par le Covid-19, j’en ai profité pour convertir une partie de mon terrassement afin de doubler la surface de mon potager. Effort qui a sollicité la collaboration d’autres membres de ma famille dans une approche intégrale, puisque tout est lié, et que chacun pourra profiter de la croissance de la récolte à l’automne, au moins, je l’espère… on récolte ce que l’on sème…!
Conclusion
Le 1er mai dernier, un regroupement populaire mobilisé pour les travailleurs québécois d’après Covid-19, revendiquait de ne pas revenir à « l’anormal », mais d’oser une société plus juste et écoresponsable (3). Initiés par nos Capsules du Carême 2020, je rends grâce à l’Esprit créateur et miséricordieux d’inspirer chaque paroissien de nos trois communautés à répondre avec cœur à l’appel du Saint-Père. Ensemble, unissons nos gestes de solidarité envers toute la Création appelée à être transfigurée avec nous en Celui qui a donné sa vie pour nourrir l’espérance du monde à venir et accompagner la marche des futures générations vers la Jérusalem céleste.
«Dans l’espérance de célébrer bientôt ensemble, que l’été vous soit source d’abondance et de délices»!
Odile Tremblay, intervenante en pastorale
- LS : No 2.
- LS, 244-245.
- Re : http://repac.org/pas-de-retour-a-lanormal/

Partagez cette publication
