Un stagiaire en pastorale… et en confinement!


Que peut bien dire un simple stagiaire sur une situation aussi extraordinaire que celle que nous vivons en ce moment ? Que puis-je bien dire, sinon peut-être vous parler de ma réalité, de mon propre confinement et des réflexions que celui-ci a fait naître en moi au cours des dernières semaines.

Comme plusieurs d’entre vous, sans doute, les premières semaines de la pandémie m’ont d’abord plongé dans la stupéfaction. Jamais je n’avais vu une chose pareille ! La fermeture des écoles, puis des commerces, des entreprises, des frontières, de tout ! Les gens se précipitant dans les épiceries par crainte d’une pénurie. Les mesures de distanciation sociale, plus sévères d’un jour à l’autre, nous empêchant soudainement de visiter nos proches, de voir notre famille, nos amis… Je dois admettre qu’après la stupéfaction, ou peut-être en même temps, j’ai vécu un certain stress. C’était sans doute inévitable à force d’écouter les nouvelles. Ce satané virus se répandant à la grandeur du globe à une vitesse fulgurante. La crise économique annoncée et ses conséquences désastreuses… J’ai la chance de ne pas avoir été touché financièrement par la crise, contrairement à la plupart de mes collègues, mais qu’adviendra-t-il pour mes amis qui ont perdu leur emploi ? Surtout ceux dont l’employeur risque de mettre la clé sous la porte définitivement. D’un point de vue plus personnel, qu’adviendra-t-il de mon stage ? Et que fera mon épouse qui, en plein processus d’immigration, n’est toujours pas couverte par la RAMQ et doit maintenant se chercher un emploi alors qu’il n’y en a plus ? Enfin, même si je suis jeune et moins à risque face à cet ennemi invisible, qu’en est-il de mes parents ? De mes grands-parents ? De ma soeur qui travaille à l’hôpital auprès de patients infectés ? De tous ces gens d’un certain âge que je connais et pour qui je ne peux m’empêcher de m’inquiéter, lorsque j’écoute trop les nouvelles. C’est pourquoi, après ces premières semaines quelque peu inquiétantes, j’ai décidé d’arrêter de suivre l’actualité d’aussi près. Je survole toujours les journaux, pour voir les grands titres et me tenir informé de l’essentiel, mais j’ai décidé surtout de regarder… ailleurs. Où ?

D’abord vers le Christ. En plein Carême, cette crise ne représentait-elle pas une occasion unique de vivre pleinement, d’une manière toute spéciale et significative, le jeûne, l’aumône et la prière ? Non pas un jeûne habituel de ceci ou de cela, mais un jeûne profond, réel et douloureux, de certaines des choses que l’on considère comme les plus importantes, tel le sentiment de sécurité, sanitaire ou financière, ou la possibilité de voir ses proches. Quelle belle occasion aussi de faire l’aumône, en ces temps difficiles où les besoins sont criants, de faire preuve de charité en donnant de l’argent ou de son temps. Et quelle occasion enfin, alors que les églises sont fermées, de renouveler notre manière de prier, seul ou en famille, de prier chez soi, peut-être dans un coin de prière ou devant une célébration offerte à la télévision, mais de prier d’une manière plus profonde et engagée.

En entrant dans la Semaine sainte, cette crise n’offrait-elle pas aussi l’occasion d’approfondir davantage et de méditer le sens de ces jours sacrés ? Lors de la dernière Cène, de ce dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples, quel désarroi ceux-ci ont dû vivre lorsque leur Maître leur a dit qu’il devait partir… Et quelle solitude Jésus lui-même a dû ressentir au Mont des Oliviers… Quelle angoisse ! En ces temps de pandémie où nous sommes tous confinés, n’avons-nous pas nous aussi expérimenté, dans une certaine mesure, ces mêmes réalités : le désarroi, la solitude, la peur ? Cette crise ne nous offrait-elle pas au fond l’occasion de mieux approfondir le sens de la Croix ? À l’approche de sa mort, Jésus ne s’est pourtant pas arrêté à tous ces sentiments. Malgré l’ampleur de la « crise » qu’il vivait, son coeur battait d’espérance. Il savait que la mort n’aurait pas le dernier mot. Sa confiance dans le Père était inébranlable. En portant notre regard sur lui, comment ne pas nous aussi avoir confiance ? Il est ressuscité ! Oui ! Par sa Résurrection, nous savons que la mort n’aura pas le dernier mot. Et encore moins cette crise !

Je disais plus haut que j’ai d’abord porté mon regard vers le Christ. Eh bien, je l’ai ensuite porté vers ces gens qui, depuis quelques semaines, rayonnent de courage et de générosité. Le personnel médical, les préposés aux bénéficiaires, les bénévoles qui oeuvrent dans divers organismes, les travailleurs essentiels, mais aussi tous ceux qui, plus que jamais, prennent de leur temps pour appeler des proches, rendre service, etc. J’ai regardé toutes ces belles initiatives qui naissent dans l’épreuve, comme les messages d’espoir ou les compagnies offrant leur aide.

Et à travers tout cela, à travers tous ces gens qui, dans l’adversité, font ressortir le meilleur de l’humanité, j’ai aussi cru voir le visage du Christ, plein d’amour et d’espérance, nous invitant nous aussi à espérer, car « ça va bien aller » !

André Guénette-Lemieux, stagiare en pastorale

#ToujoursPâques!

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