Un Joyeux Noël du Père Gérard Blais


Homélie du 4e Dimanche de l’Avent (A), à Saint-Félix de Cap-Rouge, le 22 décembre 2019

Chers amis,

Nous sommes à deux jours de la fête de Noël. Comme je n’aurai pas l’occasion de présider la messe de Noël à l’église St-Félix, j’aimerais vous souhaiter Joyeux Noël dès maintenant. Mon souhait va plus loin que ces deux mots : c’est le titre de mon homélie : Joyeux Noël !

C’est étonnant de constater combien de gens n’aiment pas Noël. C’est étonnant de constater combien de gens ont hâte que le temps des fêtes soit terminé. C’est étonnant et en même temps c’est un bon signe ! C’est même un très bon signe. Avec l’empreinte commerciale qu’on a donnée à la fête de Noël, le contraire m’étonnerait. Cette année, on n’avait pas assez de la frénésie des achats du mois de décembre, on a encore ajouté le Vendredi fou. Très fou même ! Et c’est par milliers que les gens ont succombé à cette folie. Et c’est par milliers que l’on s’est précipité aux portes des grands magasins pour faire épargner de l’argent en remplissant sa carte de crédit.

C’est un très bon signe que les gens commencent à détester cette période où l’on a remplacé le traditionnel « Joyeux Noël » par « Joyeuses Fêtes ». Fête de quoi ? On ne le sait même plus. Autrefois, même dans les campagnes les plus reculées, tout le monde savait qu’à Noël on célébrait la naissance de Jésus. Il n’y a plus guère de crèche de Noël, sauf devant quelques églises. On a remplacé les crèches par des pères Noël soufflés à l’hélium.

« Joyeux Noël » Noël c’est l’espoir… Cette année, j’ai lu quelques livres assez costauds. Des livres écrits par des types pas mal plus instruits que moi, pas mal plus brillants que moi. À travers quatre auteurs que je vais vous citer, j’ai essayé de récupérer un simple petit message d’espoir.

J’ai commencé par lire Zarathoustra de Nietzsche (1). Ce n’est pas un livre récent, mais je le lisais pour la première fois. J’y ai vu la glorification du surhomme, de l’homme idéal. Dans le Zarathoustra de Nietzsche, il n’y a pas beaucoup de condescendance pour les pauvres, les boiteux et les estropiés, la clientèle habituelle de Jésus. Vive les forts ! Tant pis pour les faibles…

J’ai lu ensuite Décadence de Michel Onfray (2). Un livre riche, dense et férocement polémique que la Décadence de Michel Onfray. Comment pourrait-il ne pas l’être alors que l’auteur déconstruit les grandes religions, remettant en cause jusqu’à l’existence de Jésus. Ça fait un peu décadent justement !

En troisième lieu, j’ai lu Les Tisserants d’Abdennour Bidar (3). Bidar propose une vie sans dogmes, sans balises religieuses. Libre de tout. En somme, la meilleure façon de se casser la gueule. Comme dirait Beaudelaire : « Et je m’en vais, au vent mauvais, qui m’emporte, d’ici de là, pareille à la feuille morte. ». En même temps, l’auteur propose une morale nietzschéenne. Il laisse peu de place aux feluettes que nous sommes.

Enfin, je viens de terminer un monument, un livre colossal, un livre super brillant, génial dans lequel j’ai puisé une centaine de notes. Le livre s’intitule : SAPIENS d’un auteur israélien : Juval Noah Harari (4).

L’auteur a donné comme sous-titre à son livre : Une brève histoire de l’humanité. Harari consacre tout un chapitre au bonheur. Vous comprenez que c’est avec fébrilité que j’ai plongé dans ce chapitre, en cette période où l’on se souhaite tous du bonheur mur à mur. D’après Harari, le bonheur ne dépend pas d’une vie réglée sur les Béatitudes de l’Évangile (Heureux les pauvres de cœur…) Non, mes chers amis ! Sachez-le une fois pour toute, votre bonheur ne dépend que de votre biologie; votre bonheur ne dépend que de votre sérotonine, de votre dopamine et de votre ocytocine (vous irez voir à la page 457). Si je m’appelais « Jacques Languirand », je partirais de son gros rire généreux !

Quatre livres qui coûtent cher, mais qui ne m’ont rien apporté en termes d’espoir. A l’âge que j’ai, je n’ai pas de problème avec le fait de crever des illusions; je n’ai pas de problème quand on dénonce le mensonge. Par contre, quand on déconstruit toutes les religions, remettant en cause jusqu’à l’existence même de Jésus, sans dégager la moindre lueur d’espoir, ça ne m’intéresse plus. Quand un auteur bestseller en arrive à résumer un être humain à une formule mathématique ou à un simple agencement de molécules, je décroche. Dans le film Jouliks qui a passé sur nos écrans récemment, une grand-mère explique à sa petite fille qu’el­le est une créature du Bon Dieu. Et la petite de lui répliquer : « Mon père m’a dit que j’étais l’aboutissement de la chaîne alimentaire !»

On a besoin de savoir, mais on a encore plus besoin d’espoir. La connaissance ne se limite pas simplement à la biologie et à la chimie. Comme bien d’autres, je cherche une ouverture, je tends vers la lumière. Trop souvent on nous enferme dans de petits savoirs ténébreux. Pour un chrétien, Noël c’est le temps où l’on rallume les lumières. Je regrette de le dire, dans les quatre livres puissants et brillants que j’ai lus cette année, je n’ai pas trouvé la moindre trace d’espoir ! Je refuse de souscrire à l’histoire de l’humanité sans conjuguer l’existence humaine avec le verbe « aimer ». Alors, je n’ai pas honte de le proclamer : rien n’égale une page d’Évangile.

Lundi matin, un chroniqueur du Journal « Le Soleil » signait un article intitulé « Dieu est mort » (Sébastien Lévesque, lundi 16 décembre 2019). De plus l’auteur affirmait que ce sont les savants qui l’ont assassiné. Ce journaliste n’est pas le premier à le dire. Ça fait chic aujourd’hui de se déclarer athée. Ça fait moderne. Par contre, si vous vous présentez à TLMP en déclarant que vous êtes croyant, vous partez avec deux prises ! À moins d’être amérindien, car eux n’ont pas peur de le dire.

« Dieu est mort; les savants l’ont tué »! Quel­le trouvaille ! Louis Pasteur, le plus grand savant en bactériologie, a dit ceci : « Un peu de science éloi­gne de Dieu, mais beaucoup y ramène. » Et puis, ça fait longtemps que le Dieu de Nietzsche est mort. Je n’ai jamais cru dans ce genre de Dieu du philosophe allemand ! Comme si croire consistait à démontrer que Dieu existe. Croire c’est marcher dans la confiance envers et contre tout.

J’ai parcouru la planète. Tant bien que mal, j’ai appris quelques langues étrangères; j’ai vécu dans divers pays; j’ai lu des milliers de livres; j’ai fréquenté diverses universités. J’ai été élevé dans des croyances qui m’ont ouvert l’esprit et le cœur…Aujourd’hui, je refais le pari de Pascal. Si je me suis trompé, au moins ma vie aura eu du sens. Sans la foi, ma vie n’aurait pas de sens et je serais réduit à «assumer le tragique de l’existence» à la manière du chroniqueur du Journal « Le Soleil ». J’ai beaucoup mieux.

Je comprends pourquoi la société québécoise déteste de plus en plus Noël. On a réduit la fête de Noël à un Vendredi Fou et on a substitué la crèche de l’enfant Jésus par un Père Noël gonflé à l’hélium ! Or, Noël c’est autre chose ! Noël c’est une bouffée d’espérance dans un océan de désespoir ! Noël c’est un enfant qui nous apprend la tendresse, la bonté, la générosité, le pardon, la justice, la joie ! Oui, mes chers amis, je vous souhaite un

JOYEUX NOËL !

Gérard Blais, sm

  1. Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
  2. Michel Onfray, Décadence, Flammarion, 2017
  3. Abdennour Bidar, Les Tisserants, Ed. Les liens qui libèrent, 2018, 208 pages
  4. Yuval Noah Harari, SAPIENS, une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015, 520 p

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