Espérer encore!


Un texte de l’abbé Gérard Bilodeau

Voilà qu’en cette veille de Noël, rattrapés par la pandémie, on nous demande d’ « Espérer encore… » (thème de l’Avent) Est-ce possible ?

L’évangile nous présente deux femmes qui ont dû elles aussi se poser la question, surtout Élisabeth qui était stérile, et encore davantage le peuple, devenu un petit reste, le petit clan de Juda, réfugié dans un village perdu de Judée, Bethléem. Qu’est-ce qui permet à ces femmes d’exprimer autant de joie? Elles vont être mères! N’y a-t-il pas là plus grande joie? Bien sûr! Mais il y a plus… Ces quelques mots le révèlent : « Bienheureuse celle qui a cru… ». Leur joie est aussi de reconnaître la grandeur de Dieu qui les choisit pour accomplir son projet de salut. Leur bonheur est aussi le bonheur de tout un peuple dont la longue attente est enfin comblée. Dans le récit de l’évangile, saint Luc montre l’accomplissement des promesses de Dieu.

Notre Dieu est un Dieu fidèle et fiable. Cependant, pour notre avenir, il ne nous promet pas d’éradiquer la COVID-19, ni la fin de la pauvreté et des guerres, ni l’amélioration de notre situation économique. Tout cela relève de l’espoir. Mais il nous promet la présence de son Fils, Jésus-Christ, dans les jours de nuit comme dans les jours de joie, dans nos réussites comme dans nos échecs… tous les jours. Et cela s’appelle l’espérance. Telle est notre espérance, à distance autant de l’espoir que du désespoir. Il importe de distinguer entre l’espoir et l’espérance.

On sait bien que quand il y a de la vie, il y a de l’espoir et que l’espoir fait vivre. On peut dire que l’espoir est la perspective d’une amélioration à vues humaines. L’espérance, elle, surgit quand il n’y a plus d’espoir. On peut caresser l’espoir, mais on est porteur de l’espérance. On peut nourrir des faux espoirs ; l’espérance en revanche naît du fond de notre cœur et elle rayonne. Notre espérance nous dit et nous assure que nous ne sommes pas seuls. L’espérance nous murmure qu’avec Dieu, rien n’est perdu d’avance, même au plus fort des tempêtes de l’existence. En ces temps difficiles, vivre devient un défi de chaque jour, devant l’adversité qui nous talonne sans cesse.

Pourtant, face à la douleur indicible, quand nous perdons pied et que le sol semble se dérober sous nos pas, ou que les épreuves nous assaillent de toutes parts, le fait d’espérer rend possible ce qui nous semble impossible.

Espérer, c’est puiser en Dieu et dans sa parole la force pour avancer. L’espérance n’est donc pas passive ; elle est résolument active. Elle peut paraître irrationnelle, pourtant elle est capable de soulever le monde. Aux yeux de Charles Péguy, écrivain français, un des auteurs majeurs du XXe siècle, l’espérance a les traits de sa fillette de neuf ans : « Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout… c’est elle, cette petite, qui entraîne tout. […] L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Dans le futur du temps et de l’éternité ».

L’espérance ne nous amène pas à attendre passivement l’intervention de Dieu, elle nourrit au contraire nos engagements missionnaires en faveur de la solidarité, notre action charitable aux personnes dans le besoin, nos combats pour la justice et la paix, nos préoccupations pour la sauvegarde de l’environnement en vue des générations futures, notre lutte contre la pandémie.

Elle est le contraire de l’inertie ; elle est action. L’espérance refuse l’inaction, l’injustice, le hasard et la fatalité. Dans nos communautés, particulièrement, pendant les mois les plus difficiles de la pandémie où l’horizon semblait bouché, notre espérance a revêtu plusieurs visages et elle s’est exprimée par des gestes évangéliques concrets.

Telle est notre espérance dont nous devons toujours être prêts à rendre compte (1 Pierre 3, 15) devant nos contemporains, habités comme nous, par l’espoir et le désespoir, entre le pessimisme et l’optimisme. Marie et Élisabeth sont des modèles de foi et d’espérance. La fête de Noël nous redira cette certitude que Dieu est avec nous, en communion totale avec notre humanité. Trouvons ainsi la force d’espérer encore!

Gérard Bilodeau

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