Homélie du dimanche 13 décembre 2020

Elle est comme le rocher, comme le ciel et la terre qui ne peuvent ni changer ni passer…
Soyez toujours dans la joie!
« Soyez toujours dans la joie », écrit saint Paul à la communauté chrétienne de Thessalonique. Son message s’adresse aussi à nous et il prend une connotation particulière dans le contexte de la pandémie dont la menace plane toujours. Comment être joyeux quand la Covid-19 atteint des personnes chères, près de nous, et surtout un grand nombre d’aînés qui nous ont quittées sans que nous puissions leur tenir la main et leur dire notre amour? Convient-il d’être dans la joie quand, en plus du risque de la maladie, des foules sont en quête d’un pays d’accueil pour fuir la violence et l’exploitation? Même dans l’Église et nos communautés chrétiennes, nous traversons une période difficile où tant de portes semblent se fermer de façon définitive. Pouvons-nous alors lancer une invitation à la joie sans ressentir une certaine gêne ou un malaise?
Pourtant le prophète Isaïe, dans la première lecture, ose annoncer une bonne nouvelle de réconfort à la communauté juive qui, à la suite d’un long exil, retrouve son pays qui a beaucoup changé et ne montre pas très accueillant. Quant à saint Paul, il invite la jeune communauté de Thessalonique à être toujours dans la joie, elle qui avait du mal à rester sereine en raison des persécutions qu’elle subissait. Pour Isaïe et saint Paul, la joie est de mise, même dans les épreuves et dans les difficultés. Le pape François a d’ailleurs l’audace de nous inviter à redécouvrir la joie de l’Évangile. Mais quelle est cette joie à laquelle nous sommes invités?
La joie est une réalité bien concrète qui accompagne nos vies. Parfois petite ou brève, parfois intense, elle se vit de multiples façons. Elle est à cultiver. La joie est un bien essentiel. Surtout la joie qui vient du dedans, celle qui dure, qui est avant tout spirituelle. C’est le P. Yves Bériault, un dominicain, qui en parle en disant ceci :
«Il y a la joie qui vient du dedans et il y a celle qui vient du dehors. Je voudrais que les deux soient tiennes, qu’elles remplissent les heures de ton jour, et les jours de ta vie; car lorsque les deux se rencontrent et s’unissent, il y a un tel chant d’allégresse que ni le chant de l’alouette ni celui du rossignol ne peuvent s’y comparer.
La joie qui vient du dedans…
Mais si une seule devait t’appartenir, si pour toi je devais choisir, je choisirais la joie qui vient du dedans. Parce que la joie qui vient du dehors est comme le soleil qui se lève le matin et qui, le soir, se couche. Comme l’arc-en-ciel qui paraît et disparaît; comme la chaleur de l’été qui vient et se retire; comme le vent qui souffle et passe; comme le feu qui brûle puis s’éteint… Joie trop éphémère, trop fugitive…
J’aime les joies du dehors. Je n’en renie aucune. Toutes, elles sont venues dans ma vie quand il fallait… Mais j’ai besoin de quelque chose qui dure; de quelque chose qui n’a pas de fin; qui ne peut pas finir. Et la joie qui vient du dedans ne peut finir.
Elle est comme une rivière tranquille, toujours la même; toujours présente. Elle est comme le rocher, comme le ciel et la terre qui ne peuvent ni changer ni passer. Je la trouve aux heures de silence, aux heures d’abandon. Son chant m’arrive au travers de ma tristesse et de ma fatigue; elle ne m’a jamais quitté. C’est Dieu; c’est le chant de Dieu en moi, cette force tranquille qui dirige les mondes et qui conduit les hommes; et qui n’a pas de fin, qui ne peut pas finir. II y a la joie qui vient du dedans et il y a celle qui vient du dehors.
Je voudrais que les deux soient tiennes. Qu’elles remplissent les heures de ton jour et les jours de ta vie… Mais si une seule devait t’appartenir, si pour toi je devais choisir, je choisirais la joie qui vient du dedans».
Mes amis, nous oublions trop souvent que Dieu est joyeux, heureux d’être Dieu, heureux de nous créer, heureux de nous aimer, et qui nous promet aussi une éternité de bonheur. Nous sommes appelés à la joie, nous avons la mission de la communiquer. C’est la joie de croire et de se savoir aimés de Dieu. Car beaucoup ne le savent pas, ne le savent plus. Quelqu’un a écrit : Le grand malheur de l’humanité, c’est l’incrédulité, c’est le manque de foi, c’est de ne pas reconnaître Dieu qui est secrètement présent au milieu de nous.
C’est ce qu’affirmait Jean-Baptiste : Il est au milieu de vous celui que vous ne connaissez pas. C’est à nous d’en être les témoins, de ne pas entretenir la morosité ou le défaitisme, mais bien de croire que Dieu est toujours là avec nous, à sauver le monde. En conclusion, retenons ces paroles d’un chant de la communauté de Taizé, communauté de prière, qui dit : « Jésus Christ, Lumière intérieure, ne laisse pas les ténèbres me parler. » Oui, la joie est possible. « Soyons toujours dans la joie! Amen.
Abbé Gérard Bilodeau

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